Pratiquer la pole dance lorsqu’on est en situation de handicap invisible : un chemin vers soi

Il y a des histoires qui parlent de sport. Et puis il y a celles qui parlent de reconstruction, de courage, de rapport au corps, de confiance retrouvée. Son parcours fait partie de celles-là.
Quand l’envie se heurte à la peur
Avant de pousser la porte du studio, l’envie était pourtant là depuis longtemps. Enfant déjà, elle se souvient avoir vu une femme pratiquer la pole dance à la télévision. La beauté du mouvement l’avait marquée. Mais au fil des années, une idée s’est imposée : ce sport n’était probablement pas fait pour elle.
En situation de handicap invisible, avec des troubles neurodéveloppementaux et cognitifs comme un TDAH sévère, un TSA, un haut potentiel intellectuel et émotionnel, ainsi que des troubles dys, elle pensait ne pas avoir sa place dans cette discipline souvent perçue comme exigeante, impressionnante, réservée aux corps déjà forts ou souples.
À cela s’ajoutaient des troubles anxieux importants : anxiété généralisée, stress post-traumatique, TOC d’hygiène, troubles du comportement alimentaire, phobie sociale et phobie scolaire. Son corps aussi portait ses propres contraintes : un thorax en entonnoir, une double scoliose, des genoux en X, une instabilité liée à des problèmes hormonaux, ainsi qu’un kyste cancéreux aux ovaires dont elle sort aujourd’hui.
Alors, même si l’envie était là, la peur prenait beaucoup de place.
- Peur de ne pas réussir.
- Peur de ne pas mémoriser les enchaînements.
- Peur du regard des autres.
- Peur du bruit, du monde, des miroirs.
- Peur de se retrouver face à ce corps longtemps perçu comme un obstacle.
«Je pensais sincèrement que je n’étais pas faite pour ça », confie-t-elle.

Se croire illégitime avant même d'avoir essayé
Comme beaucoup de personnes qui hésitent à commencer, elle avait intégré l’idée qu’il fallait déjà avoir fait de la danse, de la gymnastique, être forte, souple, sportive. Elle n’avait pourtant jamais pratiqué ni danse, ni gym.
Avec son TDAH, la mémorisation des enchaînements l’inquiétait. Avec son TSA et son anxiété, l’idée d’un studio, d’un groupe, du bruit et des regards devenait presque insurmontable.
Mais l’obstacle le plus intime était peut-être ailleurs : dans le rapport à son propre reflet.
Le miroir, le corps et les cicatrices invisibles
Le miroir, autrefois si difficile, n’est plus seulement un espace de critique.
Là où elle voyait automatiquement ce qui n’allait pas, ce qui ne correspondait pas, ce qu’elle avait appris à rejeter, elle voit désormais autre chose : une personne qui essaie, qui progresse, qui tient.



Le yoga pour apaise un esprit en mouvement permanent
Dans ce cheminement, le yoga a également pris une place importante.
Respirer, se détendre, lâcher prise ne sont pas des évidences lorsque le corps et l’esprit ont appris à rester en tension. Le yoga lui a appris à ralentir, à écouter sans juger, à accompagner son souffle au lieu de le subir.
Peu à peu, elle a compris que respirer n’était pas seulement un automatisme. C’était aussi une manière de revenir à soi, physiquement et mentalement.
Adapter sa pratique sans renoncer
Bien sûr, tout n’est pas facile. Ses troubles ne disparaissent pas une fois la porte du studio franchie.
Les environnements avec beaucoup de monde restent parfois compliqués. Une salle remplie, plusieurs conversations en même temps, du bruit, une forte stimulation sensorielle ou cognitive peuvent vite devenir trop intenses.
Alors elle adapte sa pratique.
Elle choisit ses cours en fonction de l’effectif. Elle réserve les créneaux où elle sait qu’elle sera plus à l’aise. Elle apprend à écouter ses besoins, à respecter ses limites, sans renoncer pour autant.
Et c’est peut-être là un message essentiel : il est possible d’adapter sa pratique.
Il n’existe pas une seule manière de faire de la pole dance. Il existe son rythme, son corps, ses capacités du moment, ses besoins, son chemin.

Trouver sa place dans un cadre bienveillant
Cette possibilité d’avancer a aussi été rendue plus accessible par la bienveillance trouvée au studio.
Les professeures, Chloé et Mélanie, ainsi que les autres élèves, ont créé un environnement d’écoute, sans jugement.
Pour quelqu’un qui a souvent été jugée différente, discriminée ou mise à l’écart à cause de ses handicaps, cela change tout.
Aujourd’hui, elle a trouvé sa place.
Quand le corps cesse d'être un obstacle
Son corps, longtemps perçu comme une épreuve, est devenu une force.
Non pas parce qu’il serait parfait.
Non pas parce qu’il correspondrait soudain à une norme.
Mais parce qu’elle a cessé d’attendre qu’il soit “comme les autres”.
Ce corps a encaissé.
Il s’est adapté.
Il a continué, même lorsqu’elle avait envie d’abandonner.
La pole dance lui a permis de le voir concrètement : ce corps qu’elle pensait en retard, fragile ou limité est capable.
Capable de porter.
Capable de progresser.
Capable de se relever.
Sa force, aujourd’hui, n’est pas d’avoir un corps parfait. C’est d’avoir un corps qui, malgré tout ce qu’il traverse, continue d’avancer avec elle.



Avancer à sont rythme, à sa manière
À celles et ceux qui hésitent encore, qui pensent que la pole dance n’est pas faite pour eux, son message est clair : même avec des troubles, même avec un parcours difficile, même en situation de handicap, il est possible d’essayer.
À son rythme.
À sa manière.
Sans avoir besoin d’être déjà forte, déjà souple, déjà prête.
Parce que parfois, le plus grand pas n’est pas de réussir une figure.
C’est simplement d’oser entrer dans la salle.
``Mon corps a été une épreuve. Aujourd'hui, il est devenu ma force.``
Chez Malva Pole & Roll, ce témoignage résonne avec beaucoup d’émotion. Il rappelle que la pole dance peut être bien plus qu’une discipline physique : elle peut devenir un espace de confiance, d’expression, de reconstruction et de réappropriation de soi.
Merci pour ce partage sincère, courageux et profondément inspirant.
Tes progrès, ta détermination et le regard que tu apprends à porter sur toi témoignent d’une évolution magnifique.
Une chose est sûre : une très belle artiste est en train de naître.



